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Date de création :
23.01.2008
Dernière mise à jour :
29.02.2008
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CAMEROUN: LE CHAOS... ET ALORS??

CAMEROUN: LE CHAOS... ET ALORS??

Posté le 29.02.2008 par yuri
Salut chers amis,

ça fait quelques semaines que je n'ai pas entretenu mon blog, juste parceque j'ai eu beaucoup de travail ces derniers temps.

Je me trouve à douala en ce moment et je dois vous dire que pour la première fois de ma vie, je me demande s'il y a encore des raisons d'être fier de notre cher pays. D'abord il y a quelques semaines, les lions perdaient la finale de la CAN (un exploit qu'ils soient allés jusqu'à cette phase de la compétition) face à des pharaons égyptiens maîtres de leurs sujets.
Grâce à une erreur de "jeunesse" de notre valeureux capitaine, l'on a pu entretenir l'illusion que nous aurions pu gagner, même si au fond, avec un peu de bonne foi, reconnaissons que sans un Carlos Kameni des grands jours, l'addition aurait pu être salée. A la fin du match, nous aurions tous voulu être dans la peau des supporters egyptiens, qui avaient toutes les raisons du monde d'être fiers de leurs joueurs. Notre fierté a été bien amochée mais ce n'était que le début.

Ce qui s'est passé dans notre pays cette semaine a fini d'achever le peu de fierté que j'avais encore d'être camerounais.

Samedi dernier, à la suite d'un meeting organisé par un parti de l'opposition, il y a eu quelques échauffourées entre les forces de l'ordre et des manifestants un peu trop zélés au goût des bidasses. Résultat, quelques blessés, un ou deux morts d'après les rumeurs, la principale entrée de la ville bloquée. Ma pauvre mère qui rentrait d'un voyage a été débarquée du bus dans lequel elle se trouvait et a terminé le voyage à pied. Manque de bol, deux jours après, devait commencer la grève des transporteurs suite à l'augmentation (encooooore!!!!!???) des prix des produits pétroliers. Lundi donc, zéro taxi, zéro moto taxi dans les rues de Douala et Yaoundé. Très vite, le ton est montée et le syndicat des transporteurs a perdu le contrôle de la chose. On est passé d'une grève des transporteurs à un soulèvement populaire. Mot d'ordre: Villes mortes.

Avant 10heures du matin lundi 25 février, la situation est devenue incontrôlable dans la ville de Douala. Routes barrées, véhicules incendiés, boutiques et magasins pillés, stations d'essence saccagées. La ville s'est embrasée en moins d'une heure et le chaos s'est installé. Les entreprises qui avaient ouvert dans la matinée ont dû fermer leurs portes et les employés sont rentrés en catastrophe, les écoles se sont vidées et les élèves sont tous rentrés chez eux. Très vite, des groupes de jeunes ont occupés les rues, chantant à gorges déployées que "le pays va mal" et réclamant le changement. Le tout avec une bravoure à vous donner le frisson. L'on a ainsi vu des adolescents tenir tête à des policiers et militaires qui malgré des tirs d'intimidation, ne parvenaient pas à disperser les jeunes. Bonabéri a été coupé du reste de la ville et cette partie de Douala a pris feu. Dans l'arrondissement de douala 5e, la mairie et la sous préfecture ont été détruites.

Je suis sorti de chez moi pour marcher un peu dans les rues et vivre en direct ce qui se passait, c'était assez impressionnant. Bien qu'étant à Bonapriso où l'on se serait attendu à ce que les choses furent plus calmes, c'était le désordre totale. Les rues appartenaient aux manifestants, les patrouilles de police se contentant de débloquer les routes et de disperser les foules à coup de tirs en l'air. Vers 13heures, les quelques expatriés qui avaient pu se rendre dans leurs bureaux le matin n'ont pu rentrer dans leurs domiciles que sous escortes policières. Avant la fin de la matinée, la ville était morte, tout était fermé. J'ai arpenté toute les rues de Bonapriso vers 13h30, pas âme qui vive, les boulevards et avenues étaient déserts. Et comme on ne saura jamais comment naissent les légendes, les rumeurs ont commencé à circuler. A un carrefour où j'étais passé personnellement et où je n'avais pas vu la moindre goutte de sang, l'on parlait de la mort d'un élève qui aurait pris une balle perdu. Ensuite c'est un commissaire qui aurait abattu un jeune et la population aurait mis feu à sa maison, tuant son épouse; deux corps criblés de balles aurait été retrouvés au carrefour Hôtel de l'air, non loin de chez moi, j'y suis allé, pas la moindre goutte de sang. Toutes ces rumeurs n'arrangeait pas les choses. Les policiers étaient perplexes, partagés entre leur devoir et la sympathie pour ces jeunes manifestant qui avaient le courage de réclamer à hautes voix le changement.

Vers la fin de la journée du lundi, le calme semblait revenu, les rues étant désertes et calmes, l'on s'est dit que tout rentrerait dans l'ordre dès le lendemain. Problème, dans les autres villes du pays, les mouvements ont eu un effet de vague et tout le pays s'est embrasé dès mardi matin. A Yaoundé où le lundi avait été calme, les stations ont été saccagés et le feu a pris dans les rues. Les nouvelles diffusées par les chaînes STV et CANAL2 faisaient état de violents affrontements dans tout le pays entre les civils et les forces de l'ordre. Les quelques boulangeries et marchés ouverts ont été envahis. Des foules interminables, chacun cherchant à acquérir un morceau de pain. Il fallait faire plusieurs kilomètres de marche à pieds pour trouver quelque chose à se mettre sous la dent. Banques fermés, distributeurs bloqués, la galère s'est installé. Très dur, l'impensable était entrain de se produire. La paix, si chère à notre pays, s'envolait peu à peu. Dès mardi soir, le calme est revenu, le gouvernement a annoncé une baisse de 6F sur le prix du super, pas suffisant. Les syndicats des transporteurs ont tenté de lever le mot d'ordre de grève, trop tard!

Mecredi matin, alors que quelques magasins, protégés par les forces de l'ordre, approvisionnaient les populations en pain, et que le calme semblait règner, tout a éclété en quelques minutes. Alors j'étais tranquillement entrain de suivre les informations sur STV, ce sont des coups de feu et des chants d'une foule enragée qui m'ont sorti de ma chambre. De mon balcon, j'ai peu voir des jeunes résister aux militaires qui tiraient désespérément en l'air. Les jeunes criaient au changement, chantaient l'hyme national, pendant que les forces de l'ordre tentaient de les intimider par des tirs. Quelques minutes, tout s'est gaté avec l'arrivée des anti émeutes, en une minute, gaz, tirs de kalachnikov, véhicules de gendarmes fonçant sur la foule, débandade. Le véhicule de la gendarmerie est entré dans le quartier, à la poursuite des quelques manifestant, et deux d'entre eux ont été rattrappés juste devant chez moi, sous mes yeux. Les pauvres!

La nouvelle a ensuite circulé que le président de la république s'adresserait à la nation dans la soirée. Discours très attendu. Tout le monde était donc devant son poste le soir. Quelques minutes, le nationalistes Mboua Massock est passé à CANAL 2, invitant les jeunes à un grand rassemblement le 1er mars au lieu dit Shell New bell, implorant les pouvoirs publics de ne pas interdire ledit rassemblement.

Et le discours du président? pas grand chose. Même pas de condoléances aux familles qui ont perdu leurs enfants (17 dans tout le pays d'après les estimations). Nous avons retenu que ce n'est pas la rue qui décide et que les forces de l'ordre feront régner le calme, n'en déplaise aux "apprentis sorciers" qui se cacherait derrière tout ce dédordre observé.

Le lendemain matin, tout le pays était un peu plus calme, très déçu de ce discours, mais calme quand même. La fatigue commençait à gagner et surtout la "soif" (vu que tous les bars étaient fermés depuis lundi). La faim surtout commençait à menacer tout le pays. C'est à ce moment que j'ai compris que cette révolte n'était qu'un soulèvement spontané d'une population désespérée et en proie à la misère que nous font vivre nos dirigeants. Un mouvement organisé, avec des leaders, auraient eu plus de violence à la suite de ce discours provocateur. Après quatre jours de paralysie, le calme est revenu dans le pays et ce matin le travail a repris, timidement certes, mais a repris quand même. Les banques ont ouvert vers 11h, quelques boutiques et boulangeries aussi, même si beaucoup de citoyens ont quand même préféré rester chez eux.

Après le grand rassemblement de demain, nous saurons si le calme durera ou pas.

Si vous voulez mon avis, ceci n'était qu'un signal et la prochaine fois risque être la mauvaise.

Je félicite les reporters qui ont risqué leurs vies pour nous diffuser en live des images pendant cette semaine agitée. Dire qu'ils ont dû filmer en caméra cachée ou avec des téléphones, vu que la police ne permettait pas que les scènes soient filmées. Du matériel a d'ailleurs été confisqué par des gendarmes, et ce matin, DYNAMIC FM a été fermée, certainement qu'ils ont eu des commentaires trop proches du peuple pendant la crise.

Ce qu'il faut regretter, c'est l'attitude de notre chaîne nationale, la CRTV, qui pendant la journée nous balançait des clips et des feuilletons insipides, comme si tout allait bien. Et pendant les journaux du soir, les images n'étaient très souvent pas prêtes et on promettait de nous les repasser plus tard. Ensuite c'était RDPC et compagnie. Pitoyable. On a dû se contenter d'une ration minimum, juste de quoi leur permettre de conserver un minimum de conscience professionnelle.

Autre chose qui m'a marqué, les chaînes étrangères, en dehors de CNN qui en a parlé brièvement, ont fait comme si le Cameroun n'était pas un pays. L'on parle du Tchad, du Kenya, du Darfour, de l'Irak, mais le Cameroun reste paralysé pendant quatre longs jours et l'on en parle à peine. A croire que le Cameroun pourrait brûler que ça n'intéresserait personne. Dès que des manifestants s'en prendront à la voiture d'un citoyen français, France2, TF1 et tout le reste enverront leurs reporters ici pour montrer la barbarie des nègres. 17 petits morts dans un pays corrompu ne nécessitent pas que les journaux occidentaux nous consacrent quelques gouttes d'encre ou de salive.

En tout cas nous sommes là, content que le calme soit revenu et que le boulot ait pu reprendre. Inutile d'estimer les manques à gagner. Je viens à l'instant de recevoir une info (ou intox) selon laquelle une nouvelle grève des transporteurs se préparerait pour lundi prochain. Il y aurait des négociations demain entre le gouvernement et les syndicats, espérons qu'il en sorte quelque chose, sinon que Dieu nous protège.

Bonne soirée à tous






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